Trois rêves au Mont Mérou de François Devenne

Publié le par Hélène

Trois rêves au Mont Mérou de François Devenne ekej8v0t
Babel / 264 pages









Mombasa, 1170 après l'Hégire Bayu El-Mudi s'apprête à entreprendre le voyage qui en suivant la tradition de son clan fera de lui un homme. Formé depuis l'enfance au travail du bois, il emmènera avec lui ses outils dans ce périple vers le Mont Mérou. Guidé par un Lion, libérant un oiseau pris dans la pierre, côtoyant des villageois aux traditions différentes, se confiant à un immense crocodile, la rencontre avec une panthère et un calaos scelleront son destin. Très vite ce voyage devient une succession d' aventure au coeur d'un pays ou la faune et la flore omniprésente suggérant au conteur des histoires toutes plus surprenantes et incroyables les unes que les autres.



Voici le meilleur livre qu'il m'ait été donner de lire en ce début d'année 2010.
Il y a des livres dont je voudrais recopier des pages et des pages juste pour pouvoir conserver au plus près les brefs moments et toutes les sensations qu' ils ont su créer. Vous l' aurez compris celui-ci en fait partie. Rare sont ceux qui me transportent à ce point mais là je ne trouve même pas les mots pour le vanter. Alors certes on peut lui reprocher une progression lente dans une intrigue somme toute assez simple et presque banale. Cependant si cette histoire avait été connu il y a un bon millier d'année elle aurait pu être l'une des plus belles du recueil des Mille et Une Nuits. C'est un livre absolument magnifique et magique à l'écriture splendide. On ressent la passion absolue de François Devenne pour cette région, il partage avec nous ses connaissances -ou est-ce simplement de l'imagination pure ? - nous emmenant aux travers de ses trois rêves à la découverte d'une région d'un pays et surtout de ses légendes.
À découvrir sans attendre ...



Ma note : 5/5 



Les Trois premières pages :
« En cette journée de l'année 1170 de l'Hégire où j'achève le récit de mon voyage au mont Mérou, je ne puis m' empêcher de penser à Omui. Il était le meilleur conteur de tout Mombasa. Les histoires fabuleuses qu'il livrait chaque vendredi sur la place de la grande mosquée m'enchantaient. Le souvenir de cet homme reste vivace en moi. J'aime à penser que je suis fait du même bois, que comme lui j'appartiens à la race des enchanteurs. Certes, c'est pécher par orgueil, d'autant que j'écris à la plume mes paroles là où Omui les racontait. Mais mon inspiration, comme la sienne, vient des eaux troubles de la langue. Nous en recueillons l'écume pour orner de
phrases la parchemins ombre de l'existence.
Les histoires Omui nous captivaient. Chaque vendredi après la prière, un attroupement se formait sur place de la mosquée El-Rani près de l'arbre sous lequel le vieil homme s'abritait du soleil. Je ne manquais jamais ces réunions et celles qu' Omui tenait chez lui, sans me soucier des moqueries de mes amis. Car, à leurs yeux, la nièce d' Omui, qui vivait chez son oncle , représentait la motivation essentielle de ma présence. Ils étaient jaloux qu'un garçon pût aimer la fille que sa famille lui avait choisie comme épouse. Il est vraie que j'ai toujours associé le nom d' Omui à celui de Hasmahani. Je la connaissais depuis mon enfance. Notre amitié évolua dans ma quinzième année. Une vive affection nous rapprocha et, curieusement, l'amour naquit d'un vase brisé.

J'étais venu rendre visite au frère de la jeune fille. Il était absent et on m'invita à l'attendre dans le salon de la maison. J' étais seul dans la pièce. Le bruit de la mer proche se mêlait aux cris des enfants dans la rue et pénétrait dans le salon. Des poussières dansaient dans les raies de soleil à travers les fenêtres. J'aimais cette atmosphère et, me laissant aller à la rêverie, je finis par m'assoupir. Une voix discrète qui me salua me tira de ma somnolence. Hasmahani se tenait à l'extrémité de la pièce le dos à la fenêtre, un grand vase dans les mains. Elle était entrée sans un bruit et aurait pu sortir d'un rêve tellement sa silhouette en contre-jour, enroulée dans un voile léger, paraissait irréelle. Elle posa son vase sur un meuble et s'esquiva avant même que j'eusse dit un mot. Je ne m'attendais pas à la voir apparaître puis s'éclipser ainsi. Je repris mes esprits, me levai et m'approchai du vase comme pour vérifier que tout cela n'était pas un songe. Il y avait bel et bien un vase , indien ou chinois, posé sur le meuble. Ces vases orientaux, que les commerçants arabes apportent dans les soutes de leurs navires, sont rares à Mombasa. Celui-ci, en porcelaine blanche, était d'une grande beauté mais une fissure courait sur sa surface. Il avait été brisé et recollé. Il était étrange d'exposer dans un salon un vase avec un tel défaut. La rareté de cette pièce ne pouvait cacher qu 'elle était à présent imparfaite.
Hasmahani souleva à nouveau la tenture qui masquait la porte et se trouva nez à nez avec moi, un bouquet de jacinthes à la main. Elle eut un mouvement de recul, puiss'avança vers le vase où elle disposa les fleurs. ''Pourquoi conserves-tu ce vase alors q'il est brisé ?
-Justement, c'est parce qu'il s'est cassé qu'il porte avec amour les fleurs. Elles n'en sont que plus belles, dit-elle d'une voix chantonnante.
-Qu'est- ce qui les rend plus belles ?
-Ce vase a connu une catastrophe dans sa vie... Il se sait fragile. Il prête attention aux êtres sensibles. C'est pourquoi je lui donne des fleurs. Il dévoilera leur beauté.''

Elle termina sa phrase d'un mouvement de tête en souriant en souriant puis en baissant les yeux. Je fus séduit par cette pensée. Un sourire naquit dans mon corps sans s'épanouir sur le visage. Une allégresse m'envahit et finalement je souris et me mis même à rire. Je me savais un peu ''fêlé'' comme ce vase, même s'il n'était pas aisé de savoir quelle était la fleur que je portais en moi. Mais le trouble de cet instant suffi pour qu' une porte s'ouvrît.

Un mois s'écoula. J'aimais Hasmahani mais ne le lui avait pas avoué. Un matin, je décidai de lui offrir des fleurs."

P11,12 et 13





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Le Mont Méru (Mérou), 4556m
Photo prise sur le
site de Géo




L'auteur François Devenne
http://blogs.epicindia.com/leapinthedark/Francois%20Devenne.jpg




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