Entre France et Russie - Emily ou la déraison de Jean-Pierre Milovanoff

Publié le par Hélène

Emily ou la déraison de Jean-Pierre Milovanoff
Grasset/ 157 pages




Quatrième de couverture :

La santé d’Emily à toujours été fragile, déjà petite tout l’effrayait : « la nuit, le vent, les passants, les sentiers déserts, les inconnus au téléphone, les chauves-souris, les couloirs d’hôtel, le grelot au cou des chats, la crème du lait ». Ces épouvantes vont s’étendre à tout ce qui l’entoure. Sa naissance même baigne dans la tragédie : sa mère meurt en la mettant au monde. Marquée par ce lourd passé, la petite grandit entourée par l’amour de son frère, son « bouclier », auprès d’une étrange tante revenue d’Asie, d’une grand-mère retranchée dans les souvenirs d’une vie rêvée, et d’un père sculpteur de proue. La disparition brutale et rapprochée des membres de sa famille va entraîner Emily plus loin dans les méandres de la folie. Ce sont les voix des morts qu’elle entend… Désormais seuls au monde, le frère et la sœur quittent Nîmes pour Paris. Emily se laisse peu à peu séduire par un voisin, Ivan Skobline, fils d’émigré russe jovial, son contraire parfait. Leur histoire d’amour s’achèvera par la mort du jeune homme. Ce coup du sort précipitera son repli dans un monde hanté par les images du passé, dont rien ne parviendra à la faire sortir, pas même les tentatives désespérées de son frère.




Raconté son frère qui tente désespérément de la sauver, la vie d' Emily prend les allures d'un conte noir que rien ne pourra éclairer. Malgré tout ses efforts, malgré tout l'amour qu'il pourra lui donner, Emily s'enfonce toujours plus profond dans un monde parallèle où le désespoir et la démence règnent. C'est le premier livre que je lis de Jean-Pierre Milovanoff et dès les premières pages je suis tombé sous le charme de cette plume extraordinaire; sous sa main les mots se font tendre, délicat, élégant. Son roman avance de façon implacable, très vite on se rend compte que quoique son frère puisse tenter ou dire, rien ne redonnera une vie heureuse à sa sœur. Elle suit depuis sa naissance un chemin tracé à l'avance, c'est guidé par une fatalité inéluctable qu' Émily s'enfonce peu à peu victime de son destin.
Un livre magnifique qui cache derrière son vernis noir, cruel et fataliste une célébration de la force de l' amour fraternel, une ode à l'espoir. Un livre qui agit sur vous comme un baume apaisant ...


Ma note : 4/5





 
Extraits :

« Emily vivait à côté de moi, et pourtant très loin, engluée dans un monde exsangue où aucun air frais ne circulait »

"Je crois que les morts n'en finissent pas de nous conduire, de nous
perdre, de nous enchanter et de nous faire souffrir jusqu'à l'heure où
notre disparition leur permettra de goûter enfin le repos que nous leur
avons refusé."

"Une thérapie, rien de plus ! Une thérapie fraternelle et désespérée pour aider Émily
à se détacher du malheur qui nous vient des morts. Tâche ingrate,
périlleuse, que ma probable déraison rendait insurmontable
probablement. Mais je ne dois pas aller trop vite dans ce récit d'une bataille perdue. Ce serait injuste à l'égard d' Emily, car elle lutta pied à pied contre un ennemi intérieur au courant
de ses faits et gestes, un tueur (ou une tueuse masquée) qui avait pris
sa mémoire en otage dès le berceau.J'aurais tort de passer sous silence
les divagations de ma sœur qui m'ont révélé quelquefois l'existence
d'un monde plus
chaotique, mais aussi plus riche que le mien. Je me rappelle, entre
cent autres scènes bizarres, qu'une nuit où j' étais rentré très tard à
notre appartement, elle sortit de sa chambre en coup de vent et me parla d'une opale que Rosanna aurait jetée autrefois dans le bassin. "






Jean-Pierre Milovanoff





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