Servir le peuple de Yan Lianke

Publié le par Hélène

Servir le peuple de Yan Lianke
(édition Philippe Picquier/ 189 pages)







Nous sommes dans l'armée chinoise, au moment de la Révolution culturelle, Wu Dawang débarque de sa campagne. Bien éduqué ou plutôt endoctriné il est capable de réciter les 286 maximes du catéchisme maoïste, dévoué et plein de candeur il va appliquer à la lettre la célèbre maxime tiré du discours de Mao Zedong prononcé le 8 septembre 1944 : « Servir le peuple ».
Affecté au service de la famille du colonel il va -par devoir patriotique évidement ! - cédé aux avances de Liu Lian, la superbe femme du colonel.
Chaque soir il la comble et lorsque le désir commence à s'épuiser le couple trouve un regain d'énergie en commettant les pires sacrilèges. Que peut-il y avoir de plus érotique que de briser un à un tous les symboles de la révolution (calicots, pancartes, traités politiques, portraits et bustes du Grand Timonier) ?



Cocasse, picaresque et drôle à souhait, ce texte est totalement irrévérencieux, peu orthodoxe et absolument critique envers les dérives du communisme à la chinoise. En détournant cette maxime célèbre, dès le titre, Yan Lianke plante son décor; on va de provocation en provocation. L' écriture simple rend légère le propos, on ne tombe jamais dans le vulgaire, mais la critique reste là.
Ce n'est pas un grand livre sur un strict point de vue littéraire mais il illustre à merveille le pouvoir des mots et la liberté qu'ils peuvent donner à celui qui sait et surtout qui n'a pas peur de les utiliser.
Comment ne pas être étonné après avoir lu ce livre des nombreux démêler de Yan Lianke avec la censure chinoise.
Un vrai plaisir de lecture ...

Ma note : 4,5/5




Un extrait :
«Et quand le massacre fut achevé, Wu Dawang prit une cuvette sur laquelle était inscrit le slogan Combattons l'égoïsme, critiquons le révisionnisme et il peignit en noir sur les caractères rouges la formule Chacun pour soi»
" Le capitaine lui rendit son salut et allait s'éloigner lorsqu'il se ravisa.
-Je peux te poser une question, mon petit Wu : quand on travaille chez un officier supérieur, quel principe doit-on toujours avoir à l'esprit ?
-Il ne faut pas dire ce qu'on ne doit pas dire, ne pas faire ce qu' on ne doit pas faire.
-Faux !
-Servir un officier supérieure c'est servir le peuple.
-Exact, mais tu ne parles pas assez fort." (...)

Publié dans Littérature chinoise

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