Sans elle d' Alma Brami

Publié le par Hélène

Sans elle d' Alma Brami
Mercure de France / 168 pages





Elle s'appelle Lea, elle a dix ans. Il y a peu encore elle vivait heureuse une enfance insouciante entre son père sa mère et sa petite soeur Solène. Tout va basculer le jour où la mort se trompa une première fois emportant son père.

« Papa nous avait appelées pour qu'on rentre, on avait couru, il nous avait fait tournoyer toutes les deux longtemps, on avait ri comme des fous. Solène criait qu'elle avait le tournis, on se jetait par terre, on se relevait, on se rejetait par terre, on faisait semblant de ne plus avoir aucun équilibre et papa avait accepté de nous porter, moi sur son dos, Solène dans ses bras. Et nous avons continué de rire, jusqu'à ce qu'il s'écroule. Il était tombé d'un coup. Solène et moi on riait toujours jusqu'à ce qu'on se relève et que Papa, non » (…)
« À partir de ce jour, on avait passé notre temps à écrire et à dessiner pour lui. Maman allait une fois par semaine lui apporter nos créations. Maman disait que ça le réchauffait, qu'il avait moins peur tout seul »(...) p23


La vie a continué difficilement pour cette famille jadis heureuse. Seule la présence de ses deux filles soutenait ''Maman'' mais lorsque la mort se trompa à nouveau prenant Solène, le fragile édifice s'écroule, ''Maman'' ne sort plus de sa chambre plongé dans une profonde dépression. Léa quitte alors le monde des enfants pour être projeté dans celui des adultes...




À seulement 23 ans, Alma Brami signe là un premier roman vraiment très réussi sur le deuil et l'enfance, le deuil d'une enfance. J'ai dévoré ce livre absolument magnifique. Il m'a bouleversé, j'ai même versé ma petite larme. C'est donc l'histoire d'un deuil vu avec les yeux d'un enfant, il y a beaucoup de détresse, de souvenirs, de rêves, de pragmatisme dans ce long monologue. Tout y est décrit avec sensibilité et sincérité. La langue est peut-être un peu trop riche pour la bouche d'un enfant mais elle donne à ce texte toute sa force. C'est un livre extrêmement émouvant, c'est subtil, juste et déchirant. J'attends avec impatience ce prochain roman.

Un petit bijou à ne pas manquer … 5/5 coeur

 


Des Extraits :

« À la mort de Solène, j'ai compris que je n'avais plus de nid, que j'aurais froid tout le temps, le même froid que Solène devait avoir dedans sa tombe.
Je ne comprenais pas qu'on puisse faire ça à Solène, même morte, qu'on l'enterre sans son doudou,sans sa couette, sans une lampe de poche. Pendant de jours et des nuits, je grelottais pour elle, je rêvais d'aller la réchauffer, de la réconforter. Ma Solène si petite qui avait tellement peur du noir (...)"


« À mon premier anniversaire sans Solène, je me suis demandé comment on lutte contre le temps ? Quel arme ?
Comment ne pas grandir, pour ne pas m'éloigner de Solène ?
Je ne voulais pas imaginer les années qui passent, ma Solène restée une toute petite fille en jupe bordeaux, et moi, grandir, vieillir, avoir un jour quatorze, seize, vingt, trente ans. Que mon corps change, que tout change, que je me mette à être plus comme Maman que comme Solène.
Moi je me disais qu'il fallait que je reste là, que je ne bouge plus, que je me fige comme ma Solène, comme ma poupée, avec ses cheveux duveteux et son sourire à tomber.

J'arrivais pas à accepter qu'un jour j'aurais l'âge d'être la maman de Solène, sa grand-mère. Que je serais en âge de mourir, un âge normal de vieille dame. Pas possible que notre différence d'âge ne soit pas la même pour toute la vie. Comment on fait pour grandir, si sa soeur ne suit pas ? » (…) p80





Alma Brami

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