Le rêve de Martin de Françoise Henry

Publié le par Hélène

Le rêve de Martin de Françoise Henry
 Grasset / 219 pages




 Le 9 mai 1940, le monde de Martin s'écroule. Ses parents soumis au première rigueur de la débacle vont le ''confier'' à la famille Badet. Ces gens n'ont pas d'enfants, leur ferme se fait bien grande pour eux et il accueille le petit Martin. Privé de l'affection et de l'amour de ses parents, il grandira seul, exploité, battus et soumis à cette famille. Malgré les mauvais traitements et la charge de travail toujours plus importante qu'on lui impose, il voit en eux ces ''Bienfaiteurs''. Bien des années plus tard, alors que sa vie s'enfuie, il va enfin découvrir le secret qui a brisé son enfance et sa vie.





Écrit sous la forme d'un long monologue ou d'une longue lettre, c'est le livre d'un aveux. L'aveux d'une mère déjà morte qui ne cesse de penser à son fils. De là haut, elle a suivie sa vie, veillant inlassablement sur lui. Sans jamais cherché à véritablement justifié sa conduite, elle cherche simplement à s'expliquer, peut-être à se soulager. Ce jour de mai, elle a choisi sa famille et ses enfants plutôt que son fils né de la passion d'un moment. Elle a fait un choix douloureux et elle le paie encore. C'est l'histoire de deux souffrances mêlées mais si différentes, un fil rejeté, une mère qui n'a pas su protesté pour le garder. Sans nous inciter à prendre partie, Françoise Henry nous fait nous interroger la manière dont chacun perçoit et vie avec ses propres drames. J'ai beaucoup aimé ce livre triste et poignant. Bien que s'essoufflant un peu sur la fin, j'ai été porté par l'écriture. Les mots transmettent une force, une sensibilité et une fragilité. Derrière les souffrances, il y a une petite pointe d'espoir bienvenu. Un livre magnifique à lire sans hésiter...

Ma note :  4,5/5





Trois courts extraits :

 « Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu. J'ai tout oublié. J'ai tout donné. Je me suis laissée glisser à terre avec lui. Le crépuscule nous protégeait. La terre était mouillée,l'herbe giflait doucement nos bras nus, je me suis salie, j'ai ri, j'ai eu du plaisir. Tu n'étais pas encore là, Martin, tu venais de commencer le chemin qui te mènerait au jour. » (...)

« C'est lui qui te l'annoncé. J'étais beaucoup trop lâche. Il m'était impossible de supporter ton étonnement, et la perplexité de ton regard limpide, si vite changée en douleur, en indignation. Tu as couru vers moi, tu m'as cherchée, moi qui me cachais misérablement ce jour-là au fond du jardin, (…) » p 57

 « Tes mains ont tant maigri, Martin A cause de la maladie et de la vieillesse elles sont devenues fines Et bientôt elles seront transparentes... Martin, écoute-moi. Comment pourrais-tu croire que je t'ai pas aimé alors que, comme tu le vois, comme tu l'entends ce soir, je n'ai cessé de te suivre partout où tu allais ? S'il te fallait des preuves de mon amour -car j'en suis là- elles seraient ici, les preuves, dans les détails que je te donne, et qui trahissent mon attention constante envers toi ... » (…) p 180

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