De Niro's Game de Rawi Hage

Publié le par Hélène

De Niro's Game de Rawi Hage
édition Denoël et d'ailleurs / 262 pages

Prix des libraires du Québec 2008
Prix Impac 2008



" Dix mille bombes étaient tombées et j'attendais que la mort vienne prélever sa dîme quotidienne dans son réservoir d'abatis et de sang. Je marchais sous une pluie de bombes. Toutes les rues étaient vides. Je marchais et le sol sous mes pas regorgeait d'abris où les gens se terraient comme des colonies de rats. Je marchais et des photos de jeunes morts défilaient sous mes yeux, épinglées au bois des poteaux électriques, aux entrées des maisons, enchâssées dans de petits cadres.
Beyrouth était la ville en guerre la plus calme du monde(...)" p39




Dans ce pays déchiré, au début des années 80, chaque jour amène son lot d'alerte, de bom
be, de ruine, de mort. Bassam et Georges sont deux amis, enfants de la guerre nés à Beyrouth-Ouest, ils rêvent d'une vie meilleure : Bassam rêve d'émigrer à l'étranger et Georges se passionne pour les discours belliqueux de la milice chrétienne. En attendant ils s'occupent entre petits larcins, soirées arrosées, petits boulots, visites aux copains engagés dans la milice d'accumuler un petit pécule. Mais l'argent fera-t-il leur bonheur ?


À travers l'histoire et les rêves de Georges et Bassam, Rawi Hage nous ouvre les portes du Liban de la guerre civile, la plus sale des guerres, celle qui divise, celle qui fait partie intégrante de la vie quotidienne.
Aimé ou pas aimé paradoxalement je ne sais pas trop ce qui est sûr c'est que je ne regrette absolument pas d'avoir lu ce livre. Je m'y suis englué tout comme Bassam et Georges semblent être pris au piège de leur pays. Certes il a ses défauts malgré le fait qu'il se lise très bien je dois vous avouer qu' il m'est arrivé par moment de m'ennuyer heureusement les quelques rebondissements et revirements qui ponctuent le texte ont su raviver et entretenir mon intérêt. Et si ennuyer le lecteur peut-être un défaut, le surprendre ne peut-être qu'une qualité ; ce livre est à l'image des « dix mille bombes » récurrentes du texte, une alternance entre le calme et la destruction. L'écriture est syncopé, ultra simple, et lorsque que les descriptions se font dures, elle se transforme en litanie pour nous plonger dans la pensée d'un des personnages. L'effet est surprenant, les images et les gestes sont alors atténués prenant une tout autre dimension plus personnel, propre au personnage. C'est un livre qui, à mon sens, n'a rien de transcendant mais qui néanmoins mérite d'être lu...

Ma note : 4/5


Remarques :
Les nombreux termes arabes parsemant le texte sont très bien expliqué dans un glossaire à la fin du livre.
Au Québec il me semble qu'il fut traduit sous le titre suivant :
« Parfum de poussière ».


Extraits :

« J'ai répliqué : Moi, je m'en vais. Je laisse cette terre à ses démons.
Toi, tu ne crois en rien.
J'ai répondu : Depuis quand les voleurs et les voyous comme nous croient-ils à quelque chose ? » (p79)

« Georges et moi, on se faufilait dans les embouteillages. On roulait sur les trottoirs, dans les ruelles, au milieu de la voie, d’un côté à l’autre des routes non pavées, soulevant des nuages de poussière qui allait se déposer sur les vitrines ou sur les cuisses lisses et nues des femmes ; tout le monde la respirait, on voyait le monde à travers la poussière laissée par les fossoyeurs, les démolitions, les murs écroulés, les fronts pieux des chrétiens inclinés pour le Jeudi saint. La poussière nous aimait tous de la même façon ; c’était notre amie, la fidèle compagne de Beyrouth. »


« Plus de dix mille bombes étaient tombées et j’étais coincé entre deux murs, face à ma mère qui tremblait comme une feuille. Elle avait refusé de descendre à l’abri tant que je ne l’y accompagnais pas. Moi, je ne voulais rien savoir de me cacher sous terre. Descendant d’une longue lignée de vaillants guerriers, je ne voulais mourir qu’à l’air libre, debout sur la terre avec ses boues fertiles, la chanson du vent dans les oreilles ! »

Publié dans Littérature du Canada

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