Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano

Publié le par Hélène

Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano

P.O.L /170 pages



Les mains gamines est un roman intime qui en quatre partie va nous révélé peu à peu le calvaire vécu par une fillette. Dans l'indifférence générale, chaque jour qui passe à l'heure de la récréation, elle subit les assauts sauvages des garçons de sa classe, « tous, sauf un ». Ils sont jeunes, trop jeunes, alors ils se servent de leurs mains « gamines » ''pour fouiller la petite''.
Et puis les années passent, trente ans déjà, elle est désormais domestique et son patron son bourreau, alors dans un carnet quand les autres ne sont plus là elle écrit...

Ce roman se divise en quatre partie, chacune avec son narrateur, chacune avec son bourreau. Ils parlent, tous ne sont pas directement coupable mais tous savait, alors peu à peu au fil des pages ressurgit la honte collective. La victime est là aussi, omniprésente, à peine voilé.
J'ai aimé la manière dont les personnages (coupables et victime) sont traités avec pudeur et retenu, au fil de ce roman le temps se suspend. Jamais Emmanuelle Pagano n'accuse, elle essaie juste de raconter, simplement, avec délicatesse l'innommable. En multipliant les voix c'est la parole des hommes qui est mis en cause, imperceptiblement elle met l'accent sur les mensonges, l'innocence et la trahison. Elle tait ce qui ne doit pas être dit, mais c'est ce silence même qui devient parlant ...


Ma note : 4/5



(...) "Caresses

Elle s'agenouille devant moi et me demande si je ne veux pas regarder le feuilleton, plutôt que les travaux. Elle articule et parle doucement à voix grave parce que si on crie et si c'est aigu surtout, ça
me fait mal et je ne comprends rien. Elle réajuste mon bas de contention. Eh non, pas la télé ça me scie les oreilles, tu sais bien. Je me redresse, elle me regarde en souriant, moqueuse. Est-ce qu'elle a eu le choix de son métier, elle, est-ce que c'est mieux, le silence de raclements de gorge dans lequel elle frotte le parquet. C'était la meilleure de la classe. Intelligente, autonome, et cultivé avec ça. Est-ce que c'est mieux que la poussière et le bruit des engins, son odeur d'aisselles travailleuses mélangée aux pipis cachés des vieilles, ces petits pipis qu'elles essuient discrètement et replient dans leurs mouchoirs avant de se faire invariablement gronder, soupçonner ou menacer de couches.

Elles se relève après avoir caressé les plis de ma robe pour la défroisser. Elle regarde où je regarde, par la baie.
Elle me demande comme un secret, si ce sont ses rêves de petite fille qu'elle consigne dans le carnet qui dépasse de sa blouse. Elle pâlit, elle qui est déjà, depuis toujours, si blanche et si brune.
Elle me répond que se sont plutôt ses cauchemars de petite fille. On n'a pas cessé de chuchoter depuis tout à l'heure. Elle ne me prend jamais pour la sénile du service, sinon elle me parlerait comme les autres, en criant, en bêtifiant. Je comprends dans sa patience têtue, qu'elle sait qui je suis, depuis longtemps, peut-être depuis toujours.

Sûr qu'elle prépare quelque chose, autrement, elle ne serait pas si gentille." (…)
extrait page 102

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