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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 11:36
Le tiroir à cheveux d'Emmanuelle Pagano

P.O.L / 136 pages
Prix TSR




Nous sommes dans une petite ville du Sud, son père est gendarme, elle, elle travaille chez un coiffeur, elle aime beaucoup toucher les cheveux, les caresser, les coiffer.
Elle avait 15 ans à peine, elle a eu un enfant un peu trop tôt, un peu trop jeune. Un enfant différent, Pierre né handicapé, parce qu'elle a voulu cacher sa grossesse à ses parents, parce que son petit ami d'alors à refuser de l'emmener à l'hôpital.
Et puis trois ans plus tard, un autre accident, un autre enfant, Titouan en pleine santé, lui...


Il y a souvent des livres plus facile que d'autres à résumer, il y a ce qu'il faut dire et ce qu'il faut taire. C'est une des difficultés majeures que je rencontre avec Emmanuelle Pagano. Chez elle, l'histoire se construit au fur est à mesure que l'on avance dans notre lecture, on la comprend et la découvre, elle évolue depuis la première jusqu'à la dernière page. Chez elle tout est affaire de sensation et d'émotions, se sont les briques de son histoire. J'aime beaucoup son écriture simple et fluide, sa façon d'aborder des sujets difficiles, la différence, une mère-enfant avec un tact qui confère presque une certaine délicatesse, une sorte de douceur à son propos. Elle sait magnifiquement crée un rythme dans son écriture, décrire le regard des autres, le bruit de la rue …
On s'attache à cette héroïne, une mère instinctive qui va tout faire pour garder avec elle, ce fils différent que ses parents souhaite placé dans un centre spécialisé. Et en prenant la défense de son enfant face à ses propres parents, elle s'affirme en tant qu'adulte responsable, en tant que mère.
Vous avez du le comprendre, cette auteur est une très belle découverte pour moi.

Ma note : 4/5


Des extraits:

« C'est une intello, elle lit partout, même dans le car. Elle tient un livre comme je tenais une cigarette, par nécessité, par dépit, par distraction. Peut-être par habitude. » (p14)

« Elle a fait depuis longtemps toutes les démarches pour avoir une place dans un centre et une place est libre, laissée vide par un décès. La place d'un mort. Pierre aussi c'est un mort, mais c'est un mort qui n'est pas mort. Je me demande ce que c'est, vivre, quand on est comme lui. Comme ça me dépasse tout ça, je prends parfois son visage dans mon cou et je mets le mien dans ses cheveux, mais il ne se laisse pas souvent faire. Il se dégage et mon cou est humide parce qu'il bave sans arrêt. » (p29)

« Je passe la main dans ses cheveux mi-longs, les boucles brunes tremblent, on dirait du chocolat chaud mal préparé. Un peu trop épais, trop sucré peut-être...J'aime les cheveux, même gras, rêches, épais. Mats, soyeux, souples au toucher, moites. J'aime toucher les cheveux. Regarder de près leurs formes, leurs couleurs, leurs textures. Et m'approcher des têtes, par derrière,de côté. J'aime surprendre les mouvements des mèches. Les renifler en douce (...)»
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Par Hélène - Publié dans : Littérature française
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 22:33
Les mains gamines d'Emmanuelle Pagano

P.O.L /170 pages



Les mains gamines est un roman intime qui en quatre partie va nous révélé peu à peu le calvaire vécu par une fillette. Dans l'indifférence générale, chaque jour qui passe à l'heure de la récréation, elle subit les assauts sauvages des garçons de sa classe, « tous, sauf un ». Ils sont jeunes, trop jeunes, alors ils se servent de leurs mains « gamines » ''pour fouiller la petite''.
Et puis les années passent, trente ans déjà, elle est désormais domestique et son patron son bourreau, alors dans un carnet quand les autres ne sont plus là elle écrit...

Ce roman se divise en quatre partie, chacune avec son narrateur, chacune avec son bourreau. Ils parlent, tous ne sont pas directement coupable mais tous savait, alors peu à peu au fil des pages ressurgit la honte collective. La victime est là aussi, omniprésente, à peine voilé.
J'ai aimé la manière dont les personnages (coupables et victime) sont traités avec pudeur et retenu, au fil de ce roman le temps se suspend. Jamais Emmanuelle Pagano n'accuse, elle essaie juste de raconter, simplement, avec délicatesse l'innommable. En multipliant les voix c'est la parole des hommes qui est mis en cause, imperceptiblement elle met l'accent sur les mensonges, l'innocence et la trahison. Elle tait ce qui ne doit pas être dit, mais c'est ce silence même qui devient parlant ...


Ma note : 4/5



(...) "Caresses

Elle s'agenouille devant moi et me demande si je ne veux pas regarder le feuilleton, plutôt que les travaux. Elle articule et parle doucement à voix grave parce que si on crie et si c'est aigu surtout, ça
me fait mal et je ne comprends rien. Elle réajuste mon bas de contention. Eh non, pas la télé ça me scie les oreilles, tu sais bien. Je me redresse, elle me regarde en souriant, moqueuse. Est-ce qu'elle a eu le choix de son métier, elle, est-ce que c'est mieux, le silence de raclements de gorge dans lequel elle frotte le parquet. C'était la meilleure de la classe. Intelligente, autonome, et cultivé avec ça. Est-ce que c'est mieux que la poussière et le bruit des engins, son odeur d'aisselles travailleuses mélangée aux pipis cachés des vieilles, ces petits pipis qu'elles essuient discrètement et replient dans leurs mouchoirs avant de se faire invariablement gronder, soupçonner ou menacer de couches.

Elles se relève après avoir caressé les plis de ma robe pour la défroisser. Elle regarde où je regarde, par la baie.
Elle me demande comme un secret, si ce sont ses rêves de petite fille qu'elle consigne dans le carnet qui dépasse de sa blouse. Elle pâlit, elle qui est déjà, depuis toujours, si blanche et si brune.
Elle me répond que se sont plutôt ses cauchemars de petite fille. On n'a pas cessé de chuchoter depuis tout à l'heure. Elle ne me prend jamais pour la sénile du service, sinon elle me parlerait comme les autres, en criant, en bêtifiant. Je comprends dans sa patience têtue, qu'elle sait qui je suis, depuis longtemps, peut-être depuis toujours.

Sûr qu'elle prépare quelque chose, autrement, elle ne serait pas si gentille." (…)
extrait page 102

Par Hélène - Publié dans : Littérature française
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 08:46
L'appel du navire de Boris PAHOR

 édition Phébus
319 pages




 Dire qu'en ouvrant ce livre, j'entendais parler pour la première fois de Trieste serais faux. Par contre, je me dois d'avouer que de son histoire, je ne savais rien. Je n'y suis jamais allé et pourtant Trieste évoquait en moi l'Italie du Nord Est, la côte Adriatique, la beauté calme du soleil se couchant dans les collines pierreuses.
Situé au fond de l'Adriatique, bloqué entre
la frontière Slovène et le plateau du Karst ; un temps dominée par Venise et les Habsbourg, occupé par les troupes napoléonienne, elle devint en 1815 ville autrichienne puis en 1920 ville italienne. Annexé par la Yougoslavie en 1947 un traité de paix marque la création de l'éphémère Territoire libre de Trieste. En 1954, elle revint à l'Italie. C'est une ville de mélange et de cohabitation, une modèle d' entente douce mais fragile entre de multiples cultures. Cet équilibre est mis à mal à la fin de la première Guerre Mondiale, une fois la ville intégrée au royaume d'Italie. Première victime, de la présence de plus en plus importante des fascistes puis de l'arrivée au pouvoir de Mussolini, la communauté slovène. On lui refuse le droit de parler, le droit d'écrire, le droit de lire, "Tout ce qui est slovène doit disparaître".



 La plume de Boris PAHOR nous dévoile avec pudeur et délicatesse une ville de résistance, une ville de révolte contenu, de défense silencieuse. Sur les quais du port de Trieste Ema, jeune fille du Karst, rencontre Danilo. Lui mûr et déterminé, elle fragile et convaincu ; il guide ses pas, elle le soutient. Leur monde est un monde de combat, ils plongent sur les chemins de la résistance au fascisme, de la défense de la culture slovène et de l'amour.

En refermant le livre, je me suis dis cet écrivain est un magicien, il a su animé les mots, les rendre vivant et cette impression devenue si rare lorsqu'on lit les auteurs dit moderne m'a surprise. Boris PAHOR a réussi dans ce roman une fresque brodé avec poésie et patience. Les mots, les phrases se succèdent créant une atmosphère étrange et tamisé dans un style sobre, simple, raffiné et brillant. J'ai été subjugué par la beauté et la maîtrise de la langue.
 Découverte heureuse, perdu dans un coin sombre de la librairie, c'est pour moi le meilleur livre que j'ai pu lire en 2008, un vrai grand moment de plaisir.

Ma note : 5/5


Hommage également à des gens trop souvent oublié sans qui on ne pourrait lire ces auteurs étranger, la traductrice Antonia BERNARD.
Par Hélène - Publié dans : Littérature Slovène
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 17:48
Boue de Guillermo Fadanelli

édition Christian Bourgeois
348 pages




 

La vie de Benito Torrentera, la cinquantaine, professeur de philosophie, bascule un soir d'égarement avec la jeune et jo
lie Flor Eduarda employé illettré du supermarché local. Elle est intrigué par cet homme pessimiste et occupé à des affaires auxquelles personnes ne s'intéresse, elle le suit, trouve refuge chez lui, puis dans son lit, puis dans ses bras. Ensemble, ils vont fuir direction Michoacán, petit village mexicain où fut donné en 1540 le premier cours de philosophie de l' Amérique.





 La vie dans la boue, la boue dans une vie …

Comment faire un roman d'amour où la violence et les côtés les plus vil des hommes peuvent se révéler ? Ce livre est une vision d'un monde si noir, si impitoyable. Dans ce récit confession troublant la violence s'incarne dans les mots, elle se condense dans les phrases pour enfin sortir et jaillir de ce roman.
Je ne vous le cache pas c'est un livre particulier, et cette exhibition de la violence peut choquer, présenter comme une part de la société mexicaine elle déteint sur les hommes. De même, j'ai été dérouté par ce portrait d'un homme à la fois perdu et blasé de la vie, il semble abandonné toute forme de raison pour une folie. Pas si sympathique ce professeur mais si fascinant à sa façon, il est barbant, pénible, agaçant, il alterne sans cesse les élucubrations pontifiantes et les instants de pur désir quasi animal violent amoraux.
On va de transgression en transgression, de folie en folie, je ne sais pas s'il faut voir dans le comportement du professeur une façon d'attribuer une autre valeur à sa vie mais à vouloir aller trop loin, il plonge inexorablement...
À première vue Guillermo Fadanelli nous offre une image du Mexique où le crime gratuit ne l'est jamais tout à fait ainsi j'ai véritablement apprécié de voir ou de pouvoir si facilement imaginer en filigrane de ce texte un jugement plus « moral » à chacune des actions toutes plus contestables les unes des autres.
En résumé, un texte difficile mais que j'ai vraiment apprécié et pourtant c'était loin d'être gagné !


Ma note : 4/5



Par Hélène - Publié dans : Littérature mexicaine
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Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 17:10
Un brillant avenir de Catherine Cusset

édition Gallimard

 369 pages
Prix Goncourt des lycéens 2008


Quatrième de couverture (parce qu'il est impossible pour moi de mieux résumé ce livre) :

 « Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis.
  Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents.
Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose — leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme —, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour. »




Attention voici un grand roman

De
Catherine Cusset, j'avais lu il y a quelques années déjà « Le problème avec Jane »
(Prix des Lectrices de ELLE 2000), un livre qui ne m'avais pas laissé le souvenir d'un grand roman contrairement à la reconnaissance qu'on lui a accordé.
Mais là, j'ai véritablement été séduite, tout m'a plu, l'histoire, l'écriture, les personnages...etc
J'ai beau réfléchir je ne trouve rien à lui reprocher, pas même quelques petites longueurs, pas même un manque de profondeur. Bien que l'écriture n'ai rien de transcendante, elle est au final juste classique, j'ai été littéralement happé par ce livre, impossible à lâcher avant d'avoir tourné la toute dernière page.
C'est un roman puzzle qui anime le temps en alternant, le passé et le présent d'une même vie. Cela aurait pu se transformer en un mauvais numéro de funambule mais l'équilibre reste tout au long du livre parfait. C'est un roman miroir, toujours entre passé et présent, mais également un miroir entre deux femmes que tout semble opposer mais qui finalement sont si proche. 
Certes ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais c'est un excellent roman, sensible et accessible qui plairas certainement au plus grand nombre d'entre vous. N'hésiter pas, lisez le...

Ma note : 5/5
Par Hélène - Publié dans : Littérature française
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